Loisirs

À Hachijo, la jungle a englouti un ancien palace baroque

Construit en 1963 sur une île volcanique au sud de Tokyo, l’hôtel Hachijo Royal a fermé en 2006 et reste interdit d’accès, envahi par les lianes.

Hélène Marchetti Par Hélène Marchetti
3 min de lecture
À Hachijo, la jungle a englouti un ancien palace baroque
Photo d’illustration. Image d’illustration : un édifice abandonné gagné par la végétation, comme l’ancien hôtel de Hachijo.

Fermé depuis 2006, l’ancien hôtel Hachijo Royal, sur l’île japonaise de Hachijo, disparaît peu à peu sous une végétation qui a recouvert ses façades d’inspiration baroque.

En bref

  • L’hôtel Hachijo Royal, 252 chambres d’inspiration baroque française, a ouvert en 1963.
  • Il incarnait le « Hawaï du Japon » quand voyager à l’étranger restait hors de portée.
  • Rebaptisé deux fois, il a fermé en 2006 sans explication officielle.
  • Le site, propriété privée, est strictement fermé au public.

L’histoire de cet établissement, retracée le 11 octobre 2026 par le site Sciencepost, raconte un Japon qui rêvait d’ailleurs sans pouvoir partir. Elle répond aussi à une question pratique pour les amateurs de découvertes insolites : non, on ne peut pas y entrer.

Un décor versaillais sur une île volcanique

Hachijo se trouve à environ 300 km au sud de Tokyo. D’origine volcanique, l’île jouit d’un climat subtropical qui y entretient une végétation très dense. C’est là qu’en 1963, alors que le tourisme intérieur japonais connaissait un essor marqué depuis la fin de la guerre, ouvre l’hôtel Hachijo Royal.

Le parti pris architectural tranche avec le paysage. Les 252 chambres reprennent les codes du baroque français : plafonds ornés de moulures, lustres suspendus, statues décorant les fontaines. L’île gagne alors un surnom, « le Hawaï du Japon », et l’hôtel en devient l’emblème.

Quand Hawaï coûtait dix-neuf salaires

Ce succès s’explique par les obstacles qui fermaient alors l’horizon des voyageurs japonais. Au cours des années 1960, décrocher un passeport relevait presque de l’impossible, tant les autorités en restreignaient la délivrance. Et pour ceux qui y parvenaient, la facture d’un séjour sous les cocotiers d’Hawaï avait de quoi décourager.

Intérieur d’un bâtiment abandonné au toit effondré, envahi par les herbes et les arbustes
Photo d’illustration. Image d’illustration : sans entretien, la végétation reprend vite les lieux laissés à l’abandon. Source : Pexels. Photographe : Mike Norris. Licence Pexels.
364 000 yensle prix d’un séjour à Hawaï dans les années 1960, soit dix-neuf fois le premier salaire d’un fonctionnaire japonais

Même la destination tropicale la plus proche culturellement n’était pas simple d’accès. Okinawa était à cette époque administrée par les États-Unis, et les Japonais devaient se munir d’un visa pour s’y rendre. Hachijo offrait donc une évasion exotique sans franchir de frontière.

Du déclin à la fermeture

La donne change dans les années 1970. Les règles encadrant les déplacements internationaux s’assouplissent, et des destinations moins chères deviennent accessibles, la Thaïlande en tête. Okinawa, revenue sous souveraineté japonaise, développe elle aussi son tourisme. Les étapes suivantes de la vie de l’hôtel se lisent comme une succession de changements d’identité :

  1. Ouverture de l’hôtel Hachijo Royal.
  2. L’établissement est rebaptisé Pricia Resort Hachijo.
  3. Nouveau nom, Hachijo Oriental Resort.
  4. Sortie du film japonais Trick Movie 2, où le bâtiment figure le quartier général d’une organisation ennemie, puis fermeture définitive.

Aucune raison officielle n’a été donnée à cette fermeture, d’après des personnes qui avaient visité les lieux à l’époque.

Des lianes à la place des dorures

Vingt ans plus tard, le climat de l’île a fait son œuvre. Les plantes ont gagné les façades, des lianes enlacent les colonnes de style baroque, et les dorures intérieures ont cédé la place à la moisissure. Le palace censé offrir un parfum d’Europe se confond désormais avec la forêt qui l’entoure.

Pour qui s’intéresse à Hachijo, l’ancien Hachijo Royal reste donc une silhouette à apercevoir de loin, témoin d’une époque où les Japonais cherchaient Hawaï à l’intérieur de leurs propres frontières.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Lucas Pezeta. Licence Pexels.