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Grain for Green sur le plateau de Loess : moins d’érosion, mais un bilan hydrique qui pose question

Lancé en 1999 après des inondations, ce programme chinois de reboisement a stabilisé les pentes. Dans le bassin de la Yanhe, il a aussi réduit l’eau bleue au profit de l’eau verte.

Hélène Marchetti Par Hélène Marchetti
3 min de lecture
Grain for Green sur le plateau de Loess : moins d’érosion, mais un bilan hydrique qui pose question
Photo d’illustration. Une rivière à l’eau rougeâtre serpente entre des pentes de terre nue érodée, bordée de peupliers.

En bref

  • Grain for Green convertit depuis 1999 des terres agricoles en forêts ou en prairies.
  • Le programme a débuté dans le Sichuan, le Shaanxi et le Gansu avant de s’étendre.
  • Fin 2013, environ 9,26 millions d’hectares avaient été convertis.
  • Dans le bassin de la Yanhe, l’eau bleue a baissé et l’eau verte a augmenté.

La Chine a cherché, avant tout, à empêcher ses pentes de partir avec la pluie. Sur le plateau de Loess, le programme national Grain for Green remplace des parcelles cultivées par des arbres ou de l’herbe afin de fixer la terre et de freiner l’érosion. Ce choix a toutefois une contrepartie hydrique, car une forêt ne consomme pas l’eau comme un champ de céréales.

Des crues à l’origine d’un changement de cap

Le point de départ est une série d’inondations dévastatrices. Pékin lance alors, en 1999, un programme visant à transformer des terres agricoles en couverts forestiers ou herbacés. Le nom du dispositif, que l’on peut traduire par « céréales contre verdure », résume bien l’échange proposé aux campagnes.

Selon le récit de Sciencepost, les autorités ont attribué l’ampleur des crues à la déforestation massive dans le haut et le milieu des bassins fluviaux, qui avait privé les sols de leur capacité à retenir l’eau. Restaurer la végétation devait donc protéger, plus bas dans les vallées, les terres agricoles et les infrastructures exposées à l’érosion.

Du test régional à la révision des ambitions

Le programme ne s’est pas déployé d’un seul coup. Il a commencé sur un petit périmètre, puis s’est élargi avant d’être freiné.

  1. Lancement sous forme d’essai dans trois provinces jugées écologiquement fragiles, le Sichuan, le Shaanxi et le Gansu.
  2. Après la phase pilote, vingt-deux provinces supplémentaires entrent dans le dispositif.
  3. Neuf millions d’hectares ont déjà changé d’usage ; le gouvernement réduit alors ses objectifs, préoccupé par la sécurité alimentaire.
  4. En fin d’année, la surface totale convertie avoisine 9,26 millions d’hectares, en dessous de la cible fixée au départ.

Ce coup de frein de 2004 rappelle une tension concrète : chaque hectare boisé est un hectare qui ne produit plus de grain. Sciencepost crédite néanmoins le programme d’un rôle dans la restauration écologique et dans le recul de la pauvreté rurale.

Cours d’eau boueux brun-rouge dans un lit de pierres, entre des berges de terre érodées.
Une rivière chargée de sédiments traverse un lit de galets et de blocs, bordé de berges de terre entaillées par l’érosion. Source : Pexels. Photographe : Franklin Peña Gutierrez. Licence Pexels.

Des pentes moins ravinées

Plus de vingt ans de replantation ont transformé le paysage. Sur le plateau de Loess, l’érosion provoquée par des pratiques agricoles inadaptées a fortement diminué, et l’état écologique de la région s’est amélioré de façon visible. Là où la terre nue glissait à chaque averse, une couverture végétale tient désormais le sol.

Une forêt boit davantage qu’un champ

La question de l’eau tient à un mécanisme simple. Les arbres développent des racines plus profondes et un feuillage plus fourni que les cultures ou les herbes qu’ils remplacent. Ils consomment ainsi davantage d’eau par évapotranspiration, c’est-à-dire l’eau qu’une plante tire du sol avant de la rejeter dans l’air sous forme de vapeur.

Le bassin de la rivière Yanhe, dans le Shaanxi, illustre ce basculement. Le changement d’usage des terres lié à Grain for Green y a fait reculer l’eau bleue de façon mesurable, pendant que l’eau verte progressait. Or ce territoire souffre déjà d’une pénurie d’eau aiguë.

Par ailleurs, plusieurs grands cours d’eau du nord du pays affichent un débit en nette baisse depuis les années 2000 : le Haihe, le Liaohe, le Songhua Jiang, le Hanjiang et le fleuve Jaune. Sciencepost met ce recul en relation avec le renforcement de la végétation, mais ce lien reste l’interprétation de ce média et aucun chiffre de débit n’est détaillé pour ces fleuves.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Beyza Kaplan. Licence Pexels.

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