Des pales à l’arrêt par vent faible réduisent la mortalité des chauves-souris
En Pennsylvanie, relever le seuil de démarrage des turbines a fait chuter les morts de chauves-souris, pour une perte d’électricité inférieure à 1 % par an.
En bref
- Expérience menée sur le parc éolien de Casselman, dans le comté de Somerset en Pennsylvanie.
- Étude d’Edward Arnett et de collègues de Bat Conservation International et de l’Université de Floride.
- Résultats publiés en ligne fin 2010 dans Frontiers in Ecology and the Environment.
- Le parc a perdu moins de 1 % de sa production annuelle avec ce réglage.
Sur le parc de Casselman, en Pennsylvanie, immobiliser les pales par vent faible a réduit la mortalité nocturne des chauves-souris de 44 % à 93 % selon les nuits.
Le chiffre le plus élevé, celui qui attire l’œil, correspond à la meilleure nuit observée, pas à une moyenne. La réalité tient dans cette fourchette, et elle reste nettement favorable aux animaux. L’expérience, relatée par Sciencepost, visait une période précise : la fin de l’été et le début de l’automne. Durant ces mois, le vent souffle souvent peu, alors que les chauves-souris sont très actives et que les collisions atteignent leur pic.
Un réglage simple sur des machines choisies
Le principe ne demande aucun équipement nouveau. Les chercheurs ont simplement retardé le moment où certaines turbines se mettent en route. En dessous du seuil fixé, les pales étaient orientées en drapeau, donc tournées de façon à ne plus offrir de prise au vent, et le rotor ne bougeait plus, ou à peine. Pendant ce temps, le reste du parc fonctionnait comme d’habitude.
| Élément | Valeur à Casselman |
|---|---|
| Démarrage habituel d’une turbine | vent de 8 à 9 mph |
| Premier seuil testé | environ 11 mph |
| Second seuil testé | 14,5 mph |
| Carcasses fraîches retrouvées en 2008 | 32 |
| Carcasses fraîches retrouvées en 2009 | 39 |
Ces comptages ont été corrigés pour tenir compte des biais propres au terrain, par exemple les cadavres emportés avant le passage des équipes.
Des écarts nets, mais une marge statistique large
Comparées aux turbines immobilisées, celles qui tournaient normalement tuaient en moyenne 5,4 fois plus de chauves-souris en 2008, et 3,6 fois plus en 2009. L’écart va donc dans le même sens les deux années, même si son ampleur change.
Il faut toutefois lire ces rapports avec mesure. Celui de 2008 s’accompagne d’un intervalle de confiance compris entre 2,08 et 14,11, une plage étendue qui traduit la petite taille de l’échantillon. Les auteurs admettent eux-mêmes que d’autres comparaisons seraient nécessaires, avec des turbines de tailles différentes, d’autres régimes de vent et d’autres habitats.

Ce que coûte la mesure, et où l’appliquer
Côté production, la facture reste faible à Casselman : la perte annuelle demeure sous 1 % de l’électricité totale du parc. Ce résultat ne vaut que pour ce site, et le manque augmente quand on retient le seuil de 14,5 mph plutôt que celui d’environ 11 mph.
Une baisse marquée des morts de chauves-souris, obtenue par un simple changement de seuil, pour une production qui recule de moins de 1 % sur ce parc.
Un seul site étudié, peu de carcasses, une incertitude statistique large et des pertes plus fortes avec le réglage le plus exigeant.
Des travaux plus récents vont dans la même direction. Une synthèse de dix études d’atténuation, parue en 2013, observe qu’un seuil de démarrage relevé de 1,5 m/s divise au moins par deux la mortalité. En 2024, une synthèse nord-américaine estime le gain à environ 33 % de baisse pour chaque mètre par seconde ajouté au seuil, avec des différences sensibles selon les sites.
Les chercheurs de Casselman ne réclament pas pour autant de brider l’ensemble du parc éolien. Ils ciblent les installations implantées là où la préservation des chauves-souris pose problème, et seulement aux périodes où ces mammifères en activité courent le plus de risques.
Photo : Hoài Nam / Pexels
