Dans les hôtels à insectes de Toronto, les guêpes l’emportent sur les abeilles
Près de 600 hôtels à insectes suivis pendant trois ans à Toronto par l’université York : les guêpes indigènes y dominaient, devant les abeilles.
En bref
- Les guêpes indigènes dominaient les hôtels suivis à Toronto, devant les abeilles indigènes et introduites.
- L’étude, publiée dans PLOS ONE, porte sur trois saisons, de 2011 à 2013.
- Les auteurs réclament plus de recherches : ils ne jugent pas l’hôtel inutile ni nuisible.
- Le travail a été mené au Canada, rien n’y a été mesuré pour la France.
Non, un hôtel à abeilles ne loge pas forcément des abeilles : à Toronto, les guêpes indigènes investissaient près de trois hôtels sur quatre chaque année, et elles dépassaient en nombre les abeilles, qu’elles soient indigènes ou introduites. Ces guêpes ne sont pas des frelons. Cette observation, reprise par Sciencepost, émane d’une équipe de l’université York, qui a surveillé près de 600 hôtels durant trois ans, installés dans des jardins, des parcs et sur des toitures.
Ce que les chercheurs ont trouvé à Toronto
Les auteurs de la recherche, J. Scott MacIvor et Laurence Packer, l’ont publiée dans PLOS ONE le 18 mars 2015. Celui qui ouvrait ses tubes à l’arrivée de l’automne avait donc davantage de chances de tomber sur des cellules de guêpes que sur celles d’abeilles. Une réserve s’impose néanmoins : ce constat concerne la moyenne des hôtels torontois, et non chacun des nichoirs pris isolément.
Une méthode longue, des chiffres précis
Environ 200 hôtels étaient surveillés chaque année par les chercheurs, avec des prélèvements de mai à octobre. Une distance d’au moins 250 m séparait chaque hôtel de ses voisins, et les sites se répartissaient entre jardins communautaires, jardins privés, parcs urbains et toits.
En avril de l’année suivante, le couvain était placé dans une enceinte d’incubation close, réglée à 26 °C et 60 % d’humidité, jusqu’à ce que les adultes sortent. Chaque individu devait ensuite être sexé puis identifié séparément.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Période de suivi | 2011 à 2013 |
| Distance minimale entre hôtels | 250 m |
| Conditions d’incubation | 26 °C, 60 % d’humidité |
| Sites occupés par des abeilles introduites | 32,9 % |
| Part des abeilles introduites parmi les individus recensés | 24,6 % |
Parasites, espèces introduites et prudence des auteurs
Parmi les abeilles, ce sont les indigènes, pourtant visées en premier lieu par ces nichoirs, qui subissaient le plus de parasitisme, davantage que les espèces introduites. Seules les guêpes introduites voyaient leur part relative augmenter de façon significative d’une année à l’autre. Concentrer des cavités sur quelques dizaines de centimètres offre en outre aux parasites un site de ponte regroupé : l’article montre une colonie de fourmis dans un hôtel laissé sans entretien, ainsi qu’une guêpe ichneumonide qui parasite, au travers d’un tube de carton, une abeille du genre Osmia.
Le titre de l’article, « A Premature Verdict ? », résume l’essentiel : les auteurs ne déclarent l’hôtel ni inutile ni nuisible, mais appellent à approfondir les recherches. Deux paramètres comptent beaucoup dans leurs observations : l’entretien et le choix des tubes. Les modèles à cartouches, en bois ou en matière plastique, sont pensés pour qu’on les ouvre, les inspecte et les nettoie, tandis qu’un hôtel clos laisse les parasites et les squatteurs indésirables prospérer sans contrôle. Les auteurs ont également inventé le terme « bee-washing » pour qualifier les arguments de certains vendeurs, formulés sans démonstration que ces objets aident les abeilles sauvages.
D’où vient l’hôtel, et que faire de celui du jardin
Cet objet remonte aux années 1950. À l’époque, on logeait la mégachile de la luzerne dans des tiges de papier et des blocs de bois forés, en contexte agricole, longtemps avant qu’on les vante comme un geste en faveur de la nature. D’autre part, l’essentiel des abeilles creuse son nid dans la terre, alors que les regards se sont tournés vers les hôtels, lesquels rassemblent les nids des espèces qui s’installent hors du sol.
Si un hôtel est déjà en place, mieux vaut d’abord observer avant de s’en défaire : au cours de la saison, on constate si les orifices sont obturés par de la terre humide, des feuilles ou des végétaux, et quel occupant en est l’auteur. Les tubes que l’on peut ouvrir se vérifient à la fin de la saison, tandis que les modèles impossibles à ouvrir gagnent à être remplacés plutôt que laissés à vieillir. Cette démarche d’entretien découle de l’étude, sans qu’elle ait été éprouvée directement.
Photo : Skyler Ewing / Pexels
