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Ce 747 laser abattait des missiles, son coût l’a condamné

Le YAL-1 a réussi ses deux tirs de février 2010, mais sa portée trop courte l’exposait aux défenses ennemies, et la facture a fini de le condamner.

Awa Diallo Par Awa Diallo
4 min de lecture
Ce 747 laser abattait des missiles, son coût l’a condamné
Un faisceau laser traverse le ciel nocturne au-dessus d'un observatoire : le 747 laser devait projeter un rayon bien plus puissant pour abattre des missiles en vol.

Le YAL-1, un Boeing 747 doté d’un laser d’un mégawatt, a bien détruit deux missiles en février 2010 ; les États-Unis l’ont pourtant abandonné pour des raisons de portée et d’argent.

En bref

  • Le YAL-1, un 747 cargo transformé, emportait un laser chimique d’un mégawatt dans son nez.
  • En février 2010, il a abattu deux missiles de types différents pendant leur phase de propulsion.
  • La Missile Defense Agency a mis fin au programme en décembre 2011.
  • Démonté en 2014, l’avion a fourni des pièces à Air Force One et au télescope SOFIA.

L’histoire, retracée par Sciencepost le 10 octobre 2026, a de quoi intriguer : l’appareil n’a connu ni tir manqué ni panne rédhibitoire. Le laser marchait. C’est tout le reste qui coinçait.

Des Scud irakiens à un laser volant

Le point de départ remonte à la première guerre du Golfe, en 1990 et 1991. L’Irak tirait alors des missiles Scud à répétition, et aucune armée ne savait les arrêter avant qu’ils ne touchent leur cible. De ce constat est née une idée simple sur le papier : frapper le missile balistique au tout début de sa course, pendant la phase de propulsion. À ce moment-là, l’engin avance encore lentement, ses réservoirs sont pleins, et il survole toujours le territoire de l’adversaire. Il est donc fragile.

En 2001, la Missile Defense Agency confie la mise au point à un consortium piloté par Boeing. Northrop Grumman se charge du laser, Lockheed Martin de la conduite de tir et de la tourelle. La base retenue est un 747-400F cargo entièrement repensé. Dans son nez, les ingénieurs installent un laser chimique à iode-oxygène, désigné par le sigle COIL, et la plus grosse tourelle laser jamais conçue pour un avion. Les militaires rêvaient de sept appareils ; un seul a été construit.

Banc optique de laboratoire avec miroirs, lentilles et chambre à vide traversés par une lumière laser verte
Miroirs et lentilles guident un faisceau sur un banc optique : la tourelle du 747 laser orientait de la même façon son rayon, à une tout autre échelle. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Gavin Morley. Licence : CC BY-SA 4.0.

Deux tirs, deux missiles détruits

La démonstration a eu lieu au-dessus de l’océan, à quelques jours d’écart, sur deux cibles de nature différente.

Date Lieu Cible
3 février 2010 Au large de la Californie Missile balistique à propergol solide, frappé en phase de propulsion, présenté comme une première mondiale pour une arme embarquée de ce genre
Huit jours plus tard Au-dessus du Pacifique Missile à carburant liquide de type Scud, détruit en vol

Trop près de l’ennemi, trop cher pour l’État

200 à 300 kmportée effective approximative du laser
5 milliards de dollarscoût du programme en seize ans, selon un rapport de 2011
100 millions de dollarspar an pour garder un nouvel avion en état de vol, selon le chiffrage prêté à Robert Gates

Le premier obstacle tenait à la distance. Avec une portée de quelques centaines de kilomètres, le 747 devait croiser au bord de l’espace aérien adverse, parfois même à l’intérieur, pour atteindre un missile au décollage. Or un quadriréacteur aussi lourd et aussi peu agile devient alors une proie facile.

Le second obstacle était budgétaire. Dès 2009, le secrétaire à la Défense Robert Gates avait ramené le projet au statut de simple banc d’essai et renoncé à un deuxième exemplaire. D’après les chiffres qu’on lui attribue, en fabriquer un autre aurait coûté 1,5 milliard de dollars de plus. Certaines estimations, plus larges, portent même la facture globale à 11 milliards en intégrant tout l’historique du développement.

Du cimetière d’avions à Air Force One

  1. La Missile Defense Agency annonce l’arrêt définitif du programme.
  2. Dernier vol, vers la base de Davis-Monthan, en Arizona, où le 309th AMARG stocke les avions retirés.
  3. L’appareil part à la ferraille.

Le démontage n’a pas été tout à fait vain. Les pièces récupérées auraient évité environ 15 millions de dollars de dépenses aux contribuables américains, et certains éléments équipent désormais Air Force One ou ont servi au télescope SOFIA de la NASA. Une forme de réemploi, en somme, pour un avion dont la prouesse technique n’a jamais suffi à justifier le prix de son exploitation.

Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : ESO/Y. Beletsky. Licence : CC BY 4.0.